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Le banco d'africando

Petit à petit en bambara

Le banco d’africando

Que viva la Salsa africana !

mardi 29 septembre 2009, par almeida

Un océan c’est grand et c’est petit. Géant pour tracer les frontières et minuscule quand le destin décide qu’il n’empêchera pas le contact avec les hommes. Ce n’est donc qu’un juste retour des choses que le groupe Africando déjà fort de dix albums, depuis sa création en 1992, par le producteur Ibrahim Sylla, ait permis aux sons cubains de se colorer de manière talentueuse avec les lumières africaines. Comme une prophétieinéluctable gravée dans la mémoire des esclaves qui partirent jadis à fond de cales, les bateaux sont revenus sur les côtes continentales ramenant avec eux une musique familière à ceux qui n’ont jamais oublié les « oubliés ». Car la « clave » qui naît à la fin du XVI è siècle à Santiago de Cuba et qui débouchera sur la salsa actuelle descend en droite ligne des rythmes ancestraux qui accompagnaient les cérémonies rituelles au Bénin, au Togo, ou encore au Nigeria.


AfricandoDéjà dans les années 50 et 60, tout ce que l’Afrique comptait de musiciens était fortement imprégné de grands succès cubains. Franco, Tabu Ley, Kabasselle, le Star Band de Dakar, Fonseca et ses Anges noirs,le Tropical Jazz de Mady Konaté, intègrent tout naturellemnt boléros, rumbas, guarachas dans leurs compositions. Gnonnas Pedro, un des piliers d’Africando et vieux routier de la musique béninoise et africaine, participe également à ce grand mixage avec son groupe Gnonnas Pedro y sus Panchos de Cotonou, dont « La Combinaccion » demeure un des fleurons. Pour lui, l’aventure continue « Aujourd’hui quand nous jouons avec Ronnie Barro, notre cousin porto-américain, on se retrouve tout à fait et lui-même retrouve ses origines ».

Vous l’aurez compris -, c’est une histoire de famille -, mais une famille à la dimension de la richesse et de la diversité de la planète noire. D’ailleurs, Africando vient de l’Afrique et d’Ando, qui, en wolof, signifie unité. Comme les doigts multiples d’une seule main, les membres du groupe marient leurs différences dans le creuset musical qui les fait chanter à l’unisson. Revue des effectifs. Au départ, il y a un trio sénégalais composé de Medoune Diallo, ancien membre du célèbre orchestre Baobab, Nicolas Menheim et Pape Seck (il débute sa carrière en 1962 dans le Star Jazz de Saint-Louis). Ce dernier rejoint l’éternité des étoiles en 1965. Autre nom incournable à la production avec Ibrahim Sylla, Boncana Maïga. Pour ceux qui commettraient le sacrilège de ne pas connaître ce monstre sacré de la musique africaine, en voici une session de r attrapage express. Flûtiste de génie, il étudie la musique à Cxuba pendant une dizaine d’années, de 1963 à 1973, où il forme avec quelques compatriotes une charanga au nom resté célèbre, Las Maravillas du Mali, créateurs, entre autres, du célèbre titre « Chez Fatimata ». Quand on vous aura dit que l’homme a aussi dirigé l’orchestre de la télévision ivoirienne, participé à la tournée continentale des Fania all Stars, et collaboré avec quelques pointures comme Alpha Blondy ou Aïcha Koné, vous comprendrez pourquoi Africando joue gagnant sur tous les tableaux. D’autant que nos salséros ne sont pas des égoïstes. Régulièrement ils permettent à une pléiade de stars continentales de renouer avec leurs amours afro-latines. La palette des participations sur le tout dernier album « betece », plébiscité de Dakar à Libreville en témoigne. Au fil des treize titres : Lokua Kanza, Koffi Olomidé, Salif Kéïta, Bailly Spinto, Thione Seck, Amadou Balaké et bien d’autres s’en donnent à coeur joie. Le plaisir d’être ensemble, voilàn la religion commune qui fait exploser les décibels et accroche toutes les générations. Amadou Balaké dont la chanson Taximan n’est pas tendre, a fait plusieurs fois le tour du continent le confesse : « Je suis ravi de faire partie d’une initiative qui veut réunir les Africains avec leurs cousins cubains autour de la musique ».

Ronnie Barro, le cousin de Cuba, savoure les retrouvailles : « Il y a un lien très fortentre le chant d’un griot et celui d’un salséro ». Ce désir de rassembler au-delà de tous les sectarismes s’incarne notamment dans le titre »Doni Doni » (petit à petit en bambara) créé initialement par le Bembeya Jazz en 1971. Dans un opus flamboyant où la chaleur et la noblesse des langues africaines fusionnent avec le tranchant étincelant des cuivres, cette œuvre subit un lifting des plus réussi au niveau des paroles pour exprimer les espoirs de l’Afrique du nouveau millénaire. Lancés à pleine vitesse sur la voie royale du succès avec la sagesse que confère l’expérience et la passion en perpétuel éveil de l’artiste, Africando a décidé de s’installer pour un bail indéterminé au creux de nos oreilles. Que viva la Salsa africana !

REMY NELSON




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