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LA TRACE DES IMMORTELS

Ces cuvées immortelles qui se jouent du temps.

LA TRACE DES IMMORTELS

Les allées du souvenir

lundi 28 septembre 2009, par afiavimag

Il est difficile de parler d’une période dont les cicatrices sont à jamais gravées en plein cœur avec objectivité, car la passion le dispute toujours à la raison. Il suffit pour s’en convaincre, de poser sur les platines du temps, quelques vinyles mâtinés par les années, pour que la monotonie des jours prenne des couleurs sépia qui nous ramènent dans les allées du souvenir.


Francis BebeyAu début de cette décennie prodigieuse que constituent les années 80, le Cameroun nous joue la polyphonie de l’émotion avec ses footballeurs funambules et ses musiciens frondeurs. Au mondial 1982, Nkono, Milla, et leurs frères, plantent leurs banderilles talentueuses dans le dos de leurs adversaires médusés et quittent les arènes ibériques en matadors invaincus… Dreadlocks au vent, Yannick Noah, de son côté, domestique une petite balle jaune sur la terre ocre de Rolland Garros et donne, à l’image don idole Arthur Ash, quelques années plus tôt à Wimbledon, des couleurs noires au monde blanc du tennis.

Quelques déhanchements plus loin, toute une bande de jeunes lionceaux venus de Douala et de Yaoundé, escaladent avec fougue l’édifice musical africain. Moni Bilé, Guy Lobé, Prince Eyango, Bebey Bkack, Ben Decca ou Douleur, perpétuent à leur manière, la tradition du makossa authentique aux odeurs de bière et de poisson braisé.

Sam Fan Thomas lance une comète intitulée African Typic Collection, qui depuis, ne cesse de sillonner le ciel de la mémoire collective. Sur les bords du fleuve Zaïre siègent Langa Langa, Franco, Empire Bukuba, Pamelo, Kanda Bongo Man, Mounka, Langa Langa Stars Tabou Ley, véritable collège de créateurs bénis des dieux qui distillent régulièrement des millésimes uniques qui enivrent les corps et les sens : Mario, Antalia, Muvaro, Lyole, l’Argent appelle l’Argent, ou Muzi, figurent parmi ces cuvées immortelles qui se jouent du temps.

Les chanteuses assaisonnées au parfum unique des rumbas de Kin La Belle, Abeti, Mbilia Bel, et Mpongo Love, ne sont pas en reste, et leurs hits Masikini, La beauté d’une Femme, Eswi Yo Wapi électrisent toute l’Afrique, de Dakar à Nairobi.

Ces années de braise et de sueur nous offrent aussi toutes les dimensions de la gloire. Il y a les étoiles qui durent et celles qui scintillent, le temps d’un tube, à l’écho infini, et disparaissent pour l’éternité. Bébé Manga et sa chanson symbole Ami, ou Dely Mputu, qui insiste pour Balancer la sauce, à tous les vents, incarnent bien ces balises solitaires qui brillent et s’éteignent avec la même rapidité.

Tout ce foisonnement fait du concert continental un juke-box unique où Alpha Blondy fait une entrée avec coup de poing avec Mory Kanté, Youssou Ndour et quelques autres baladins aux dents longues venus des ghettos sud-africains et des plateaux mandingues. Ces conquérants aux mains nues dépassent très vite les artificielles frontières coloniales pour venir nettoyer les oreilles coloniales.

Artistes Africains Comme Doudou Ndiaye Rose descendant des Champs Elysées lors des cérémonies du bicentenaire de la Révolution française avec ses rosettes, c’est une déferlante sans complexe qui prend pied dans la nultitude de temps qui colorent l’Hexagone. Wally Badarou ayant montré la voix avec le surprenant et inclassable album « Echos » en 1983, les musiciens savent que la planète est de leur appétit. La charge de Nippon Banzaï menée par Zaïko Langa Langa joue la gagne sur tous les continents. Akendégué chante Awana w’Africa, hymme à la diaspora noire.

On se sent tous ivoiriens dès les premières mesures de Ziboté, d’Ernest Djédjé, et Zao balance avec un plaisir jubilatoire ses mots féroces dans Ancien Combattant. Même les Antilles rétive jusque-là aux sons africains se découvrent un attrait pour ces rythmes rois, quoiqu’en pensent certains intégristes. Ils leur parlent au plus profond de leur être car beaucoup de tambours ont jadis traversé l’océan pour rythmer l’amour, l’espoir et la révolte. Cette éclosion libératrice est rendue possible par l’avènement des radios libres.

Les musiques noires bannies des antennes vont entrer en trombe dans les chambres universitaires, les appartements, les foyers, et dans tous les lieux de vie où les attendaient impatiemment les mélomanes en exil sur des ondes monocordes et frileuses au mélange. Avec trois bouts de ficelle, les animateurs et disc-jockeys, professionnels ou simples amateurs rivalisent d’ingéniosité pour faire entendre la respiration du continent.

Ce sont eux qui ont impulsé le mouvement, et il faudrait des pages entières pour narrer l’épopée de ces pionniers baroudeurs qui ont ouvert la trace lumineuse des fous chantants des années 1980. C’est en pensant à ces jours d’aventure et de combat qu’aujourd’hui comme hier et encore demain, chaque génération doit perpétuer cette lutte pacifique et passionnée qui donne le « là » africain au grand concert du monde.

REMY NELSON




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