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King Mensah Un artiste au grand cœur !

Je suis engagé contre la piraterie au Togo

King Mensah Un artiste au grand cœur !

C’est difficile de vivre de son art en Afrique

vendredi 29 mai 2009

« Je suis un artiste qui adore la musique traditionnelle mais je suis avant tout l’avocat des enfants »

10 ans de carrière, 5 albums et une grande réalisation : un orphelinat de 25 garçons d’âge compris entre 5 et 18 ans. La vie de l’artiste est meublée de tournées musicales, de rencontres, de travail en studio mais surtout du quotidien de ses protégés, sa grande passion.


Afiavi : Comment êtes-vous arrivé à l’idée de la création d’un l’orphelinat ?

King Mensah : J’ai perdu mon père à l’âge de 13 ans et les problèmes qu’un orphelin peut avoir, je sais ce que c’est. De plus, je suis sensible à la misère autour de moi. J’habite à 50 km de Lomé et quand je prends la route, la pauvreté que je traverse me fait pleurer. Comme je suis chrétien, j’ai décidé un jour de prendre ma dîme pour réaliser ce projet. C’est vrai qu’aujourd’hui je suis à 30% et parfois plus de mes revenus mais la fondation King Mensah, c’est un appel, une vocation pour moi.

Vous vous occupez exclusivement des garçons dans votre orphelinat. Pourquoi pas des filles ?

Je n’ai pas envie de mélanger pour l’instant parce que l’éducation d’une femme est plus délicate. Je voyage beaucoup et ce n’est pas évident. J’y pense quand même.

Quelle relation entretenez-vous avec vos protégés ? Vous avez une fondation que vous financez et ça marche ?

Bien sûr que non ; il y a une femme qui leur prépare à manger, des gens qui s’occupent de tout pour eux mais on reste souvent ensemble pour parler de leurs problèmes. Les dimanches, on parle de comment s’est passé leur semaine et de tout. Le plus important pour moi c’est ce qu’on se dit. Ces enfants, je leur parle de moi, j’étais orphelin comme eux et j’ai souffert pour arriver où je suis. Je leur apprends à croire en eux-mêmes, d’apprendre chaque jour à faire du bien et à servir d’exemple.

Une carrière d’artiste et une entreprise si grande, si accaparante, n’est-ce pas difficile à gérer et peut être même préjudiciable à votre carrière ?

C’est un choix, une passion donc pas dur. Et j’espère que l’initiative de l’orphelinat réveillera d’autres personnes aussi pour m’emboîter le pas. Pour ce qui concerne ma carrière, je gère mon temps et tout va bien. Sincèrement, je ne me plein pas.

Quelles sont vos craintes pour l’avenir en ce qui concerne vos protégés et votre carrière ? King Mensah L’avenir ne me préoccupe pas, il ne me fait pas peur. C’est le présent qui m’importe, c’est ce que j’apprends aux enfants. Les difficultés, nous allons les surmonter ensemble si elles arrivent. Je ne fais pas la publicité de mon orphelinat parce que je ne veux pas leur apprendre à taper aux portes des gens tout le temps mais plutôt à avoir confiance en eux-mêmes et à toujours travailler. Je ne réclame rien pour moi mais si quelqu’un a envie d’apporter de l’aide aux enfants, je ne dis pas non. Seulement, je ne vais pas supplier quelqu’un de le faire. Pour ma carrière, je suis un passionné de la musique traditionnelle de chez moi. Je me bats pour elle et ça doit marcher.

vous vous battez pour elle, est ce à dire qu’elle est en difficulté ?

Je crois que oui parce que la musique traditionnelle, elle est la seule chose qui nous reste de notre culture et elle va mal. Au Togo, la modernité a tout pris, c’est à dire la tige. La racine qui est la musique traditionnelle, je préfère m’accrocher à ça.

A ce propos, comment se porte la musique togolaise aujourd’hui ? Que lui apportez-vous ?

La musique togolaise justement n’existe pas. Excusez-moi de parler aussi crûment pour que les gens comprennent. J’espère que les gens vont réfléchir à ça. Quand on parle de la musique ivoirienne, on entend le zoblazo, au Ghana c’est le high-life. Le makossa, le soukouss…on sait d’où ça vient. Au Togo par exemple, qu’est-ce qu’on a ?

On a une rythmique très spéciale, authentique et très dansant. Un enchaînement harmonieux de paraboles et proverbes africains, qui résonnent comme des paroles incantatoires : le style King Mensah ça s’appelle, je me trompe ?

Si je veux suivre votre logique, la musique togolaise n’existe que par rapport à ce que je fais ; je préfère plutôt me cacher un tout petit peu pour que d’autres artistes s’ajoutent à moi pour qu’ensemble, on fasse le travail.

Comment expliquer vous cet état de fait ? La musique traditionnelle togolaise ne se vend-elle pas bien ?

Les enfants de l'orphelinat Je vis de ça et je ne me plein pas. Je suis mon propre producteur et je suis à mon 5 ème album. Le problème c’est que nous copions beaucoup les autres mais il y a aussi que les responsables de la culture ne se pressent pas pour aider les artistes. J’étais invité en 2002 en Afrique du Sud pour représenter le Togo aux Cora Afrique Award. Je devais m’y rendre avec 8 artistes et je voulais que les autorités m’achètent au moins un ou deux billets d’avion. Le ministre de la culture de l’époque m’avait fait une promesse favorable. A la dernière minute, il m’a signifié son incapacité à honorer son engagement. J’ai dû échanger mon titre foncier à la banque contre de l’argent pour déplacer mon groupe. Ça m’a fait très mal.

Le public togolais vous suit-il ?

Un artiste togolais qui fait un concert et les gens qui sont restés dehors étaient plus nombreux que ceux qui avaient trouvé place à l’intérieur, en ce moment de vie chère ? C’était lors de mon dernier concert à Lomé. Je ne me vante pas mais je suis sûr qu’ils adorent.

Au début de votre carrière vous étiez installé en France. Est-ce pour vous rapprocher davantage de vos racines que vous avez changé de décor ?

Je ne décroche pas d’avec mes fans français, pas du tout. Quand je chante, ils ne comprennent pas ce que je dis mais ils m’écoutent et achètent beaucoup mes produits, ça me touche énormément. Ça me prouve qu’ils aiment la musique traditionnelle togolaise. C’est pourquoi j’ai besoin de me ressourcer pour conserver leur attention. D’ailleurs, je suis en tournée en France, au Canada, USA pour terminer en Afrique à partir du mois d’Août 2008. Le public togolais m’apporte beaucoup de choses. Les gens me balancent des phrases qui entrent dans mes compositions et pour mon rythme ; je voyage beaucoup dans l’ensemble des 42 rythmes des ethnies de chez moi. Il est vrai aussi que je voudrais qu’ensemble avec les artistes togolais, on soulève la musique togolaise pour lui donner un nom authentique.

vous vous inscrivez en faux contre certains artistes qui soutiennent que l’industrie musicale en Afrique n’est pas rentable, autrement dit que l’artiste ne vit pas de son œuvre sur le continent en général ?

C’est difficile de vivre de son art en Afrique, c’est vrai mais ce n’est pas pour ça qu’on doit tous fuir le continent. Autrement, demain, ce sont nos enfants qui quitteront aussi. Je vis en Afrique oui mais chaque année, je fais mes tournées en France, au Canada, aux USA, un peu partout. Je suis invité tout le temps, je sors tout le temps, je cherche ma vie ailleurs. Pour moi, c’est dur mais ça va. Je ne fais pas autre chose à part ma musique mais je ne mendie pas.

La gangrène en Afrique, c’est la piraterie. Quelle expérience avez vous du phénomène ?

Je suis engagé contre la piraterie mais honnêtement je n’ai pas trop de temps pour m’occuper exclusivement de ça. Il faut que j’arrive à vivre. King Mensah distribution dispose de quelques boutiques à Lomé où se vendent uniquement mes œuvres. Je veux bien le faire avec d’autres artistes de la place mais je crains d’éventuels malentendus. Bien sûr, il y a beaucoup de chose à faire et quand j’y pense, ça me fait mal mais les autorités publiques et ceux qui travaillent pour la protection des droits d’auteurs doivent s’investir un peu plus fermement dans la lutte.

Vous leur faites des propositions de résolution du problème par moment ?

Je ne sais pas si c’est moi qui dois aller vers eux ou si c’est le contraire qui doit se produire maintenant avec l’expérience malheureuse que j’ai eu avec eux. C’est une affaire de tous quand même.

Le prochain album du Roi King ?

Un morceau peut être ! Je dis en substance ceci : « je suis allé à la maternité et j’ai rencontré une femme en travail ignorée, abandonnée par les médecins parce quelle devait être césarisée et ses parents n’avaient pas les sous nécessaires. Alors… »

Akouvi Edzene AGBOKOU




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